En 1053, les Normands installés dans le sud de l'Italie depuis une quarantaine d'années ont bâti un pouvoir redoutable. Partis comme mercenaires au service des princes lombards et byzantins, ils ont peu à peu arraché des comtés, des villes et des territoires entiers. Onfroi de Hauteville, comte d'Apulie, et ses frères Robert Guiscard et Richard d'Aversa incarnent cette ambition sans limites.
Face à cette expansion, le pape Léon IX décide d'agir. Germanique de naissance, cousin de l'empereur Henri III, il rassemble une coalition hétéroclite : des fantassins souabes aguerris, réputés pour leur ténacité au combat, et une cavalerie italienne recrutée dans les régions lombardes du sud, de la Campanie à l'Abruzze. Fort de cette armée, il marche vers l'Apulie pour écraser les envahisseurs normands une bonne fois pour toutes.
Le 18 juin 1053, les deux armées se rencontrent près de Civitate, dans la plaine d'Apulie. L'armée papale occupe une position en hauteur. Les Souabes, infanterie d'élite, forment l'aile gauche. La cavalerie italienne tient l'aile droite. En face, les chevaliers normands se déploient en trois groupes, montés et décidés à l'attaque.
Dès le premier choc, la cavalerie lombarde s'enfuit ou est dispersée, laissant les Souabes isolés. Ces derniers résistent avec une bravoure remarquable, mais les Normands, refusant de lâcher prise, doivent par endroits mettre pied à terre pour venir à bout de cette infanterie qui ne plie pas. Après de longs combats, les fantassins souabes sont finalement submergés et massacrés. Presque aucun n'en réchappera.
Le pape Léon IX, réfugié dans Civitate, est capturé par les Normands. Ils le retiennent prisonnier avec égards, mais il ne survit pas à l'humiliation. Il meurt à Rome en avril 1054, quelques mois après sa libération, brisé par la défaite.
Civitate marque la fin des espoirs de stopper la puissance normande. En quelques décennies, Normands domineront tout le sud de l'Italie et la Sicile, fondant un royaume qui durera deux siècles.